Eurasie 2010 : Lhassa

Réveil à 4h30 du matin afin de prendre un taxi à 5h00 et ainsi être à l’aéroport à 6h00 pour un décollage à 7h10. Pour atteindre la salle d’embarquement, l’épluchage complet et peu aimable du passeport, visa et surtout de l’original du permis préalablement envoyé de Lhassa.
Le second avion de notre voyage, un Airbus A330 de la compagnie AirChina, s’avère tout aussi neuf que le premier, mais les tartes que nous sommes, nous avons oublié de demander un hublot dans cet avion à configuration 2⁄5⁄2 sièges. L’avion était rempli de Chinois et nous étions placés au milieu. Nous pouvions voir le décollage et l’atterrissage sur les TV de l’intérieur grâce aux caméras situées sur le devant de l’appareil; sympa bien que brumeux, on ne rate finalement pas grand chose du hublot!
Imaginez un seul instant que 11000 personnes se déversent chaque jour à Lhassa rien que par le train sans comptez un avion toutes les demi-heures depuis Chengdu, les départs depuis les autres villes de Chine ainsi que l’international et enfin les transports routiers! Nous sommes TRES loin du pays si inaccessible qui nous a été conté! Par ailleurs, 2h30 pour accéder à Lhassa, c’est vraiment trop court, je ne comprends pas ceux qui font un tour du monde par avion, les transitions de paysages et cultures sont si exquises lorsque l’on prend son temps!
L’arrivée est juste sublime car on a l’impression de voler (j’exagère) dans un canyon, les montagnes sont assez proches de part et d’autres de l’appareil! L’Arrivée dans ce tout petit aéroport se fait sans soucis, aucun contrôle, on peut rejoindre la ville par nos propres moyens, c’est à dire le seul bus navette disponible à 25Y pour 1h30 de transfert.
L’extérieur vu du bus ne diffère pas grandement de n’importe quelle ville Chinoise, le gouvernement ose indiquer qu’il n’y a que 5% de Chinois au Tibet, il n’y a qu’eux pour le croire, le gouvernement Tibétain en exil indique moins de 40% de Tibétains à Lhassa. En tout cas, ce qui est sûr c’est que la majorité sont des militaires. Nous croisons d’immenses casernes ainsi qu’un convoi de prisonniers assez sinistre, j’espère qu’on n’allait pas les exécuter… Il y a tellement de militaires à Lhassa que la ville compte désormais le plus fort taux mondial de prostituées par habitant, soit 3% !!!
L’arrivée du bus se termine magistralement au pied du Potala que nous avons vu au dernier moment. Nous nous sommes ensuite précipités devant lui pour l’admirer en croisant quelques magnifiques sourires des pèlerins et les toilettes à l’odeur Chinoise!
Il est choquant de voir ce drapeau rouge flotter en son sommet ainsi que sur la grande place édifiée «en l’honneur de la libération de Lhassa» sur le modèle de l’horrible TianAnMen où se situait auparavant la vieille ville soigneusement rasée. Il faut dire que le Potala est bien conservé depuis qu’il trône sur les billets de 50Yuans, nous le voyions plus haut et moins aplati, mais sa façade reste somptueuse et massive. Imaginez 13 étages s’étalant sur 118m de facade perchés à 300m au-dessus de la vallée. Construit en 1694 par le 5ème Dalaï Lama, le Potala nécessita 7000 ouvriers et 1500 artistes. Il fallu 300 000 tonnes de bronze dans les fondations pour résister aux séismes, la mort du pontife fut cachée jusqu’à l’achèvement de l’édifice, c’est à dire durant 12 ans !!!!!!
Nous continuons la recherche d’un hostel en voyant «la nouvelle ville», purement Chinoise avec ses fast-food Dico’s tous les 200m, seul le vieux quartier du Barkor autours du temple du Jokang est réhabilité dans le style Tibétain (ça sent le neuf!), sûrement parce qu’il est classé Unesco. Nous trouvons une première auberge convenable fréquentée par les cyclistes Chinois (et oui, pour une fois que ce sont eux qui sont libres ici et pas nous!!!) et qui laisse imaginer le niveau de confort…
Nous n’avions pas fait attention mais notre chambre était en quelque sorte un couloir que les voisins Chinois devaient emprunter avec beaucoup de tact et sans trop fumer (non je rigole, le tact Chinois existe peu, faut pas pousser!). Nous consacrerons l’après midi à chercher des hôtels de moyenne gamme, mais soit c’est vraiment au standard Chinois (comme ce dortoir immense de 50 lits minimum à l’auberge Don Cuo) où alors des 3 étoiles à gros discount mais toujours trop cher. Nous finirons finalement dans la même auberge correcte que tous les autres membres du groupe avait réservée.
Nous trouvons le bureau «boîte à lettres» de notre agence avec beaucoup de difficulté car l’enseigne est partagée. Nous y rencontrons notre charmante guide Tibétaine Khamsang que nous avons héritée de justesse car (nous l’avons su bien après lorsqu’elle est tombée sur eux à Tsetang) pour la première fois en 7 ans de carrière, elle a refusé un groupe de 4 Américains pour qui le Tibet se résumait principalement à picoler, fumer des cigares et débiter des insanités quasi sexuelles… Je ne commente pas!!!
Nous sommes situés quasiment sur la Kora, longue de 8 Km du Jokang, la Kora étant le circuit de pèlerinage autour d’un lieu saint, on ne gagne pas de temps à essayer d’aller à contresens même si c’est plus proche, il faut se résigner à l’accomplir avec les fidèles! Les quelques faux pèlerins mendiants n’atténuent en aucun cas la magie de la procession qui semble ne jamais s’arrêter. Même à 4h du matin, vous en verrez quelques-uns s’allonger de tout leur corps sur leur tablier de cuir à chaque pas en claquant leurs plaques de bois dans les mains afin de décupler le mérite acquis. Ce quartier s’appelle le Barhor et est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.
L’odeur de l’encens (qui est en fait des branches d’arbustes à forte senteur) est prenante et plaisante, quelques fois, il y a tellement de fumée que les caméras ne voient plus rien!
Voici le plus gros soucis du Tibet, cette présence militaire étouffante, sans doute accentuée après les émeutes de 2008, devient insupportable pour un touriste (alors, pour des habitants Tibétains, on n’imagine même pas!). Tous les toits sont interdits d’accès et réservés aux militaires ou policiers en civils surveillant sans relâche la rue, armés de leurs bloc-note, appareils photos et caméras.
Les rues sont infestées de patrouilles, armées jusqu’aux dents, défilant au pas, 6 par 6, prêts à intervenir si un pèlerin attaque un Chinois à coup de moulin à prières! Chaque croisement fait office de possible check point, des militaires en tenue de combat, veillent au grain. Je n’énumère pas le nombre de caméras qui s’agglutinent là où des moines peuvent se trouver au cas où leurs mantras dévoileraient à haute voix une antipathie du partie communiste Chinois, qui, on le sait tous, fait des merveilles pour le bonheur et l’amitié entre tous les peuples…
Il serait tout de même réducteur d’accuser ces jeunes militaires, eux ne sont là que par obligations, même si certains semblent prendre un malin plaisir à vouloir cogner sur les Tibétains. Nous sommes tout de même loin, je l’espère, des terribles gardes rouges de Mao, la pression ne se relâche pas pour autant. Il paraît également que nombre de pauvres colons Chinois sont employés par des Tibétains pour faire les basses besognes. Dans ce conflit, je pense sincèrement que personne n’est blanc ou noir, l’un est tout de même bien plus gris que l’autre.
On ne va pas critiquer la modernisation du pays pour cause d’authenticité touristique, les Tibétains aussi ont le droit à un confort décent dans une vie qui est déjà assez rude.
Lors de notre visite de la ville, nous sommes tombés sur le quartier Musulman, établi vers le 17ème siècle sur autorisation du 5ème Dalaï-Lama (décidément celui-ci!), étrange de voir cette tolérance pour un pays qui a longtemps éjecté toute forme de prosélytisme et même refusé d’ouvrir des ambassades à l’extérieur des frontières. Nous continuons par aller un peu plus loin que le Potala et tombons sur la ville Chinoise, celle que les touristes ne voient pas, celle où les Chinois sont maîtres absolus et l’écriture Tibétaine inexistante. 5% de Chinois au Tibet, bien voyons, il n’y a que les cupides Chinois pour croire une chose pareille! Nous finissons par revenir au Jokhang, le temple le plus ancien (650 ap JC) et le plus sacré du pays car contenant la fameuse statue de Bouddha, le Jowo. Certains pèlerins croyaient qu’elle s’était formée d’elle-même et lui arrivait de parler, cette statue a été ramenée d’Inde par le princesse Chinoise épouse du roi Tibétain d’alors. On dit que ce temple a été construit sur un lac pour piquer au coeur un démon avec une douzaine d’autres sites à travers le pays. Un pilier en devanture explique comment se protéger de la variole (les pèlerins en arrachaient quelques morceaux croyant que cela protégerait leur maison!), tandis que le plus haut exhibe un texte bien caché actuellement concernant un ancien traité de non agression réciproque avec la Chine.
Les chars de Mao ont totalement détruit la façade et transformé le reste en porcherie…
La visite actuelle est assez décevante à mon goût, je n’ai pas réussi à m’imprégner par ce côté sacré. Les turbulences dues à la surveillance accrue, cet excès d’exhibition d’argent donné par ces pauvres gens qui finira tôt ou tard au gouvernement, les touristes Chinois ou autres peu respectueux et la propagande omniprésente ont gâché une visite pourtant bien rythmée et excellemment bien commentée par notre guide. La vue du toit est imprenable sur le Potala, Merveille des merveilles! Sur certains autres toits, des Tibétains finissent un toit en le martelant traditionnellement et en chanson devant les surveillants du toit d’en face protégés par un parasol Pepsi.
Troisième jours, visite du Potala avec des billets achetés la veille, un rendez-vous précis chronométré, une heure pas plus. On rentre dans ce monument vide comme dans un aéroport plein à craquer, vérification des passeports, des permis, des tickets, fouille d’opérette, photos et bouteilles d’eau prohibées! Que de précautions pour protéger qui?? Ce musée est à présent privé de son essence, il est vide d’âme…
La grimpette est assez difficile, compte tenu de l’altitude de Lhassa située à 3650m d’altitude, chaque effort est épuisant! Les hauts parleurs Chinois de la place en contrebat, crachant leur venin de propagande gâchent grandement la quiétude des lieux, je ne parle pas des groupes touristiques!
Nous commençons par le plus haut et descendons doucement en évitant soigneusement les précédents Dalaï-Lama anti-Chinois (eh oui, il fut un temps où c’était le Tibet, au même titre que ses cousins du Nord (Mongols), qui a envahi la Chine et détrôné l’empereur à Xian, car il n’avait pas payé son tribut annuel, ce fut un argument de Mao).
Quelle stupeur de me retrouver exactement au même endroit qu’un documentariste lors de la prise du Potala par la garde rouge. J’ai revu immédiatement ces images d’archives où les moines couraient dans tous les sens pour échapper aux mitraillettes Chinoises, peine perdue…
« 1 de 4 »
La visite, bien que courte, fut contre toute attente, satisfaisante, notre guide y est encore une fois pour beaucoup. Le palais, bien que immense, n’est composé que de salles étriquées et sombres. Il s’y dégage toujours maintenant une certaine présence, quelque chose d’inexplicable, joyeux et douloureux…
Quatrième jour, nous nous rendons au monastère de Sera, aux portes de la ville. De tout temps, ce fut d’ici que commencèrent les contestations car ses moines étaient formés au maniement des armes et n’hésitèrent pas à s’en servir. Sa visite est aujourd’hui comme se recueillir devant une tombe fraîchement close. Ce qui était à l’agonie est depuis 2008 quasiment mort. 6000 moines résidaient auparavant en ce monastère, 200 avant 2008 et moins d’une centaine depuis. Je ne commente même pas les caméras, présentes à l’intérieur même des murs, mais Séra n’est plus qu’un nid d’espions au milieu de faibles moines. Les autres sont soient morts, soient en Inde, soient en prison! Il faut à présent, pour rentrer dans un monastère quelconque, avoir au moins 18 ans et que sa famille n’ait rien fait contre le pouvoir en place…
La visite est quelconque pour moi, les lieux n’étant en vie qu’en présence des moines, désormais obligés de maintenir ce spectacle à heure fixe du débat philosophique. Encore une visite malheureuse dont le prix d’entrée assez élevé ira dans les caisses du parti communiste si bienveillant!
Cinquième jour, visite du palais d’été construit en 1755 et à moitié détruit à la révolution culturelle, lieu si chéri du Dalaï Lama. Lieu reposant, mais quelle tristesse de voir 4 militaires se cachant sur le toit, ça en devient ridicule. Étonnamment, tout est différent du Potala, on sent bien que le jeune Dalaï Lama venait ici pour respirer. La salle de bain est si moderne que l’on a l’impression qu’elle n’a que 10 ans, les salles ont des radios, des canapés, bref une moderne demeure, à l’image de son propriétaire.

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