Eurasie 2010 : Oulan Bator

Le bus qui nous conduit à Ulan Bator est piloté par un Mongol très impressionnant à l’imposante chapka mais c’est un vrai petit ourson adorable! Les paysages commencent à changer radicalement, les montagnes s’adoucissent, la neige est moins abondante, les steppes apparaissent et les premiers yacks montrent leurs museaux! Nous arrivons à la frontière qui est à notre grande stupéfaction une réplique du mur de Berlin avec son lot de barbelés protégeant un no-man’s-land ponctué de tours de guet équipées de leurs gros projecteurs, c’est la guerre ou quoi?????!!!
Tout le monde descend du bus pour un contrôle de passeport qui résume à lui seul l’efficacité de l’administration Russe, c’est à dire incohérent voir même stupide! Ainsi, on scanne les bagages sans regarder l’écran, on ne prête aucune attention au portique de sécurité qui ne cesse d’hurler et la fouille est inexistante avec son lot de questions à l’américaine du genre « Transportez-vous de la drogue?» , mais on ne va quand-même pas se plaindre de passer tranquille! Le plus rigolo étant les 3 marchands mongols du fond du bus qui avait fêté leur retour d’une façon assez alcoolisée et qui ont passés la frontière en titubant sans soucis, impensable! Le contrôle étant sans embûches, nous retournons dans le bus pour traverser le no-man’s-land et deux nouveaux contrôles de passeport (l’un Russe, l’autre Mongol) surviennent avant d’arriver à la frontière Mongol (d’ici qu’on soit inacceptable en Mongolie et sortie de Russie, nous serions bloqués dans une zone internationale dans le genre du film « The Terminal »!). Nous sortons donc de nouveau du bus pour un contrôle assez folklorique côté Mongol, tout le monde se rue dans un couloir étroit où un portique met en garde en gros et en rouge de ne surtout pas rester entre, peu importe le danger éventuel, 24 personnes sont serrées au m²! Un douanier fait de l’ordre en criant et bloque tout à coup sur moi! Il me dit de le suivre, mince, j’ai fait quoi??! Je passe devant tout le monde et présente mon passeport à son supérieur qu’il a fait sortir de son bureau. Ce dernier vérifie mon visa et éclate de rire en me remettant dans la file! Je me plais à ‘imaginer que le jeune douanier devait me prendre pour un riche ou important occidental (avec mon gros sac à dos et mes habits quechua?!) et que l’examen de mon passeport se devait d’être d’une classe supérieure alors que je ne suis qu’un banal touriste!! Bref, encore une fois tout se déroule sans encombres, nous continuons notre chemin en se réjouissant de fouler pour la première fois l’Asie!
Je pensais néanmoins l’Asie plus chaude que -30° et re-découvrons avec bonheur les toilettes de nos ancêtres qui sont d’un entretien imbattable : Un trou, 3 voire 4 planches si c’est luxe, un toit à 1m60 et un historique d’une population sur plusieurs semaines rien qu’à l’odeur, je vous passe la vue inoubliable si votre curiosité est dévorante au point de baisser les yeux! Nous arrivons de nuit à Ulaan Bator, capitale de la Mongolie, pays grand comme 3 fois la France et peuplé de seulement 2,5 millions de personnes, un des pays les moins peuplés de la planète. Ces chiffres expliquent à eux seuls que l’hospitalité légendaire des Mongols n’est pas seulement une seconde nature, c’est une nécessité à la survie! Nous sortons du bus alors qu’un bonhomme me faisant penser au petit moine qui a fait le songe de la maison dans le film « Little Bouddha », nous propose de partager un taxi. Ceux-ci se mettent en quatre pour trouver notre GuestHouse avant de nous remercier à la façon bouddhique, les mains jointes en s’inclinant et ne tournant jamais le dos. A 7€ la double (à -30° c’est compréhensible!), nous allons peut-être enfin rattraper notre budget qui commence sérieusement à se faire la malle lui aussi!
Yulia est fascinée par l’écriture qu’elle peut lire mais ne pas comprendre, en effet depuis la révolution communiste (plaçant la Mongolie dans l’orbite de Moscou avec son indépendance toute relative!) l’écriture est passée du Tibétain au cyrillique bien que la prononciation reste inchangée! Oulan Bator s’avère être une ville bruyante et polluée, on risque sa vie à chaque traversée de la route! Les buildings poussent sans considération mais la crise récente semble tout avoir stopper, l’un des pays les plus pauvres d’Asie veut se faire une vitrine moderne. Les pays frontaliers semblent généreux en offrant par exemple pour la Corée du Sud, des camions poubelles à la ville au son d’avertissement horriblement fort et à la mélodie de 5 notes terriblement répétitive (j’ai toujours cette musique dans la tête!), est-ce par pure sympathie ou pour obtenir des passes droits sur les formidables ressources minières du pays? Quoiqu’il en soit, la majorité des publicités concernent des sociétés d’équipements miniers et des banques aux distributeurs automatiques limitées à (seulement dirait un européen!) 200 000 tougriks soit 100€ soit environ ¼ du salaire moyen de la capitale.
Il est immensément plaisant de remarquer au fur et à mesure de notre progression, des transitions et mélange de cultures, d’architecture, de religions et d’éthnies. Ainsi nous visitons les premiers temples bouddhistes tel le magnifique Gandan Khiid avec son grand bouddha de 26 mètres de haut et ses écoles religieuses où les jeunes profitent que leurs maîtres lamas répondent au téléphone portable (la technologie n’épargne personne!) en plein mantra pour chahuter! La place centrale du nom du révolutionnaire Sukhé Bator autour de laquelle s’agglutinent une myriade d’ambassades, comporte une imposante statue de Gengis Khan, le plus grand empereur de tous les temps! Peu le savent mais son empire s’étendait du cercle polaire aux frontières de l’Inde et de la mer de Chine aux portes de la France!!!
Il est temps à présent d’affronter le plus redoutable des visas en ce début de parcours, la Chine! Nous nous rendons à la petite ambassade Chinoise afin d’y découvrir les modalités de visas et je me suis vite découragé à la vue des documents nécessaires inscrits sur les notices de l’accueil! On va tout de même tenter de demander au fonctionnaire en faisant les touristes stupides et il nous indique à notre grande surprise que les documents sont en réalités très limités! Cela dépend de la nationalité et des relations entre nos différentes nations! Je m’amuse toujours autant à voir que le prix d’un visa pour un Américain est toujours 4 fois plus élevé qu’un Européen mais déchante lorsque le fonctionnaire indique qu’il faut absolument un papier de l’ambassade Russe indiquant que Yulia est bien…Russe! Le passeport ne suffit plus à prouver une nationalité, désormais?!!! Peu importe, l’ambassade Russe est à deux pas et je m’attends déjà à des complications lorsque j’apprends que le visa Russe n’est à présent uniquement délivré dans le pays de résidence du demandeur, je passe mes commentaires de Français qui grogne tout le temps et a toujours raison!! Le type à l’accueil qui me fait penser à un Gavroche avec son béret, nous indique qu’il faut attendre midi pour chopper à la sortie la fonctionnaire blonde qui s’occupe de ce genre de paperasse, on nage en plein délire! Après s’être gouré plusieurs fois de blonde (entre les vraies et les fausses!), celle-ci nous indique très rapidement que ce papier n’est délivré qu’aux résidant Russe de Mongolie… Le serpent se mord la queue, il est impossible d’obtenir le visa sans ce document qui, lui-même, est indélivrable!
Second soucis, il faut indiquer sur le formulaire les villes où l’on prévoit d’aller (mettre des villes les plus éloignées les unes des autres en évitant soigneusement de mentionner une région « autonome » comme le Tibet permet d’obtenir le nombre de jours voulus, sinon c’est à l’appréciation du consul!) et surtout fournir un billet de retour ou de continuation! Je recherche différentes façons d’obtenir un billet de train, bus ou avion, annulable et peu cher afin de ne pas y laisser trop de plumes et choisi finalement d’oser la fausse réservation Air France « Made in Word »! Nous retournons à l’ambassade avec l’adrénaline associée à un faux document et à l’absence d’un autre mais si nous ne réussissons pas, Yulia sera obligée de retourner à Moscou pour faire le visa Chinois. Le fonctionnaire examine les pièces justificatives devant nous sans tiquer sur la réservation Air France et bloque sur la réplique fatidique du document Russe. Nous faisons les malheureux en expliquant notre cas mais celui-ci s’excuse mille fois en insistant sur le fait que ce document est obligatoire. Yulia fond quasiment en larme devant la carte de la Chine en imaginant qu’elle ne verra peut-être pas ce pays immanquable sur la route d’un tour du monde! Nous revenons à la charge car nous n’avons rien à perdre et prions le fonctionnaire de nous aider à trouver une solution moins embarrassante, mais celui-ci ne peut pas passer outre les règles consulaires, c’est un non ferme et définitif…
Voyant notre tête et écoutant d’une oreille lors de son rapide passage derrière le guichet, un homme qui s’avérera être le consul lui-même, demande au fonctionnaire ce qui se passe. Ils discutent ensemble avant de demander à Yulia « d’où venez-vous? », Yulia s’engouffre dans la question en énumérant les pays visités, il coupe en répondant « Non, avant tout cela, d’où venez-vous? », Yulia répond que nous sommes mariés et vivons en France malgré son passeport Russe. Je m’empresse de prouver ses dires en sortant la carte de séjour de Yulia que je voulais renvoyer en France par la poste quelques jours plus tôt! Le sésame était sorti, le consul autorisa une exception que même le fonctionnaire qualifia de grande chance! Nous obtiendrons deux magnifiques visa de 60 jours sans encombres! OUFFFF, cela fait deux fois que l’on s’en sort de justesse avec le passeport de Yulia, espérons que la chance ne tourne pas!

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